En région PACA, un protocole de coopération entre infirmières et médecins a été récemment validé par l’Agence régionale de Santé après agrément de la Haute Autorité de santé. Il autorise des infirmières à pratiquer les ponctions médullaires ou des myélogrammes en crête iliaque postérieure, des gestes jusque-là réservés aux médecins oncologues habilités.

Sans chercher à faire prendre conscience à ces confrères que la responsabilité ne se délègue pas, nous nous inquiétons de l’impact de cette délégation de tâches sur notre pratique professionnelle.
En effet, des anesthésistes-réanimateurs sont sollicités pour des actes d’analgésie ou d’anesthésie pour permettre la réalisation de cet acte dans de bonnes conditions de confort et de sécurité pour ces patients. Qu’un accident de ponction survienne expose la responsabilité civile de l’anesthésiste-réanimateur qui se retrouverait seul médecin à prendre en charge le patient.
Il est vain d’objecter que le texte concerné considère que l’acte est effectué sous la supervision d’un hématologiste. Le précédent de l’obstétrique nous rappelle douloureusement cela : des confrères mis en cause, et parfois condamnés, pour n’avoir pas pris de décision obstétricale lors d’accouchements en l’absence de l’obstétricien. Pourtant la sage-femme en charge de l’accouchement exerce une profession médicale à compétence définie…
Si jamais certains d’entre nous se retrouvent dans la situation où un acte médical est effectué par du personnel infirmier par délégation, il convient donc de ne pas réaliser d’acte d’anesthésie-réanimation en l’absence du médecin oncohématologue.
Tenir cette position est d’autant plus important qu’en application de la loi HPST, tout protocole local, validé par l’Agence Régionale de Santé après agrément de la Haute Autorité de santé, pourrait acquérir une portée nationale pour peu que les ARS l’imposent. Cela revient à dénier aux sociétés savantes nationales l’exercice de leur mission scientifique prenant en compte les données de la littérature et l’expertise des professionnels, tous modes d’exercice confondu.
La plus grande vigilance est donc de mise, non seulement pour notre spécialité mais aussi pour les spécialités interventionnelles susceptibles de nous faire imposer de façon unilatérale des modalités d’organisation dangereuses pour nos patients.
Dr Michel SFEZ
Secrétaire général adjoint

Association de gestion
et de prévention du risque anesthésique, organisation
de journées de formations accréditées.
